About

Il ne s’agit pas d’instruire un procès à l’encontre de Rachid Ghannouchi, président du parti Enahdha. Mais au fil des jours et des semaines – et sans occuper un titre gouvernemental –, il s’est autoproclamé l’autorité politique suprême du pays et son porte-voix. Selon les textes et les institutions du pays, rien ne légitime cette attitude.

De jour en jour, tous les rouages de l’Etat se grippent en raison d’un véritable problème de gouvernance et le pays s’enfonce dans la crise. Insécurité, difficultés financières et économiques sapent le moral des Tunisiens.

Le peuple tunisien a joué la carte de la démocratie en acceptant tout naturellement le verdict des urnes, en donnant ses chances au parti islamiste – il domine la coalition gouvernementale – pour exercer le pouvoir, pendant une période de transition. Le temps que l’Assemblée Nationale Constituante rédige la nouvelle Constitution et organise les élections législatives et présidentielles. Mais, contrairement aux attentes, on assiste depuis quelque mois à une multiplication des signes et des gestes qu’Enahdha est en train d’investir tous les lieux de pouvoir en vue de changer le modèle de la société tunisienne.

Pis encore, les vidéos diffusées de Rachid Ghannouchi montrent qu’il est non seulement le maître d’œuvre de ce nouveau paradigme, mais que ses intentions de réaliser un véritable « hold-up » ne relèvent d’aucune fiction. Pourtant, même si l’on cherche encore des excuses à ce comportement, la réalité tunisienne parle d’elle-même. L’islam est devenu un facteur de division alors que la société est à 98% musulmane. Cette antagonisme, jamais vécue auparavant, conduit les Tunisiens à s’opposer les uns aux autres. Des groupes ultra-minoritaires de salafistes terrorisent au quotidien les citoyens du pays dans une impunité totale.

Tout désigne Rached Ghannouchi comme étant l’instigateur de ce processus qui risque de mener vers des violences incalculables.

A l’heure où "Chatham House" s’apprête à lui décerner son prix de l’année 2012, nous, Tunisiens, signataires de cet appel, refusons l’octroi de cette distinction et demandons au jury de cette institution de reconsidérer son geste à la lumière de l’évolution de ces derniers mois, de ces dernières semaines.

Donner ce prix équivaudrait à adouber un homme qui n’a fait que diviser les Tunisiens afin de satisfaire un agenda personnel et idéologique qui n'a rien à voir avec la construction d'une démocratie pérenne dans un pays qui pourrait être un modèle pour la région et au delà.

Pour en savoir plus: http://www.chathamhouse.org

Tunis. 31/Octobre/ 2012